jan 01, 2010
V(O)EUX

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déc 22, 2009
La petite fille aux allumettes
...La petite étendait déjà ses pieds pour les chauffer aussi ; le flamme s'éteignit, le poêle disparut : elle était assise, un petit bout de l'allumette brûlée à la main. Elle en frotta une seconde, qui brûla, qui brilla, et là où la lueur tomba sur le mur, il devint tranparent comme une gaze. La petite pouvait voir jusque dans une chambre où la table était couverte d'une nappe blanche, éblouissante de fines porcelaines, et une oie rôtie, farcie de pruneaux et de pommes, fumait avec un parfum délicieux. Ô surprise ! Ô bonheur ! Tout à coup l'oie sauta de son plat et roula sur le plancher, la fourchette et le couteau dans le dos, jusqu'à la pauvre fille...L'allumette s'éteignit : elle n'avait devant elle que le mur épais et froid. En voilà une troisième allumée. Aussitôt la fillette se vit assise sous un magnifique arbre de Noël ; il était plus riche et plus grand encore que celui qu'elle avait vu, à la Noël dernière, à travers la porte vitrée, chez le riche marchand. Mille chandelles brûlaient sur les branches vertes, et des images de toutes les couleurs, semblaient lui sourire. La petite éleva les deux mains : l'allumette s'éteignit ; toutes les chandelles de Noël montaient, montaient, et elle s'aperçut alors que ce n'était que les étoiles. Une d'elles tomba et traça une longue raie de feu dans le ciel. "C'est quelqu'un qui meurt", se dit la petite...
Andersen
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déc 13, 2009
Souci
...Et quand vous enlevez l'autre peau, le sac qui vous sert de visage ils sont là les soucis. La trace de vous-même remorqué dans la vie par la peau du cou, raclé par les fesses ou cogné dans le mur. On enlève cette peau-là aussi, pour réfléchir un moment : on la tient devant soi, les yeux dans les yeux on se regarde. Qui tu es, toi, si on t'enlève ce que tu n'as pas choisi et qui s'écrit. Qu'est-ce qui te reste ?...
François Bon
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déc 03, 2009
Etranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d'Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d'Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manoeuvres désoeuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordous soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finistère
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d'une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés
Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d'or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd'hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos
Etranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourrez.
Jacques Prévert
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déc 01, 2009
...
Ce n'est pas que les hommes m'indiffèrent ; ils me dépassent sans cesse, ils vont trop vite ; ils vont avec leurs paroles accolées à leurs lèvres comme une bave volatile ; ils vont sans même cueillir leurs fruits éphémères, ils les couvrent seulement d'un suaire distrait.
Je n'ignore pas l'égale vanité de mes lenteurs, l'inimportance de ma présence et de ma disparition. C'est dans ce peu que je souhaite m'étendre, que je souhaite minutieusement reculer. C'est du côté de la colline que j'aime embrasser l'air, que j'aime composer avec la matière l'inutile infinitude du poème, la calme et négligeable traque de la diction des choses. C'est dans la chronique de ces instants qui ne peuvent que se taire et dont la langue quête l'exaspérée proximité, que j'espère l'alarme de la rupture et du baiser, son accablement, sa sérénité.
Nicolas Pesquès
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nov 18, 2009
Jardin présent
...Humide. Mouillé. Trempé. Dégoulinant, grain après grain d'océan, comme je me faulile entre les buissons de la haie, passe sous les branches des jeunes chênes, atteint le marais des grands bouleaux. Le sol s'enfonce. Cède sous les pas. Le sol incertain même en novembre ne laisse pas découverte la terre - on ne la voit pas, elle, nue, sous ces couches superposées de feuilles détemprées, de brindilles, d'herbes effilochées, de plantes aqueuses en voie de corruption : ronces, bardanes, ivraies, orties, roseaux... Rarement un champignon seul bandant mollement, branlant du chef mauve. La botte l'évite. Ou dans une seconde violente l'écrabouille. Le valdingue. Je m'adosse au tronc tordu d'un vieux pommier. Et je regarde le monde au coeur de l'automne...
Daniel Biga
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nov 06, 2009
Les objets contiennent l'infini
...Travailler le blanc. Le pousser. Lui donner des mots. Une table. Une main. Des objets de l'autre clarté. dans la définition. C'est pour toi c'est pour moi. Bascule. Rien ne tient. Et il finirait par le croire! Mais dans le seul. Plus loin encore que la solitude. Le seul. Là où nous marchons toujours à notre propre rencontre. Loin l'un de l'autre. Dans une voix traversée, chantée, chantante. La voix du seul...
Royet-Journoud
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oct 15, 2009
Courir dans les bois sans désemparer
... J'aimais bien aussi les dessins de fous, m'asseoir dans les squares le chemisier ouvert sur ma gorge gonflée de sang, regarder les bébés tout mous dans leurs poussettes, les moineaux se battre pour des miettes de brioche, les hommes assis, les jambes écartées. J'écoutais les mères parler avec ferveur de leurs enfants. J'allais aussi à la fauverie du zoo de Vincennes, pour sentir l'odeur chaude et âpre des panthères. J'aimais surveiller le flanc rayé et danssant du tigre, sa langue veloutée parfaitement rose. Au musée des Colonies j'attendais longtemps, devant l'aquarium géant, le mérou centenaire, énorme. Il surgissait des ténèbres et venait se coller à la vitre, son regard abyssal me clouait de terreur. Me donnait aussi du courage.
Sylvie Aymard
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oct 14, 2009
Volatiles
... D’une lisière à l’autre des terres et des mers, qui savaient du ciel qu’il était immense et vide, qui avaient vu de tout temps, depuis le vide du ciel, depuis le vide éclaté des continents, depuis la dérive des origines, la forme d’une terre à peu près ronde, la forme d’un monde comme une petite boule composée de petites boules grouillant de petites boules séparées par du vide, seuls les oiseaux rappellent encore, avec le tracé migratoire de leur écriture labile, que les hommes sont habitants de l’espace, que les racines dela terre et de l’homme sont aériennes, de quelque côté que son sommeil ou ses pieds le reposent, qu’il ne reste rien d’aucune origine, qu’il ne reste rien de l’origine éclaté des continents, sinon la trace volatile des transmigrations…
Kossi Efoui
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du klokobetz
dun moniga bla siz dlis tinjase mindala moniga dlis dûn zalin god blo slonda dlis frerûn jaun jinka jalin madaz dhal moniga moniga moni moniga slonda kedûn bla velvojenm slonja ket vrubla blotaj pajet fel dlis ser dajn zalin god lemsatil ardse klipsa kadin anda jûgei klautchiz goj logûron dûn rûn lilalende lilalende dhal dûn lemsatil bla ipsel fel data dahel fûluj dlis bla siz jakat soibalak pazaz gaj bla jalin movel gayoj bla jalin plavij vangard...jalin madaz bla moniga moniga moniga kitztila pajat fel...
Nosfell
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