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mai 23, 2012

Je

Je marche dans la rue déserte, je me regarde marcher dans la rue déserte, j’écoute le bruit de mes pas dans la rue silencieuse, je boutonne mon col, j’ai froid à l’intérieur, je suis un peu saoul, je suis un peu saoul mais ça n’aide pas, je marche vite pour dissiper l’alcool, je suis les rails du tram, je marche vers westbanhof, je marche vite, je ne sais pas pourquoi je suis parti, je sais pourquoi, je connais le contrat, j’ai fixé la règle, je joue le jeu, je suis parti très vite, je ne m’y attendais pas, je n’ai rien dit, j’ai repris mon pull sur tes épaules, j’ai mis ma veste en cuir, je me suis enroulé dans ton écharpe africaine, je suis sorti, je n’ai pas voulu discuter, je t’ai dit ne complique pas tout, je suis sorti, j’ai demandé mon chemin à stefan, je suis ses indications, je tourne à droite encore à droite, je me guide maintenant aux rails du tram 43, j’arrive à westbanhof, je sais qu’il est trop tôt pour le premier u-banh, je continue tout droit, je marche vers le centre, je descends les rues vers le centre, je croise quelques passants, je regarde le sol, je ne regarde rien, je marche pour m’empêcher de penser, je sens les pensées qui me rattrapent, je sens les pensées en embuscade, je marche plus vite, je marche jusqu’au ring...

Rémi Marie

mai 05, 2012

La vie est ailleurs

Quel est le poète qui n'a pas rêvé sa mort ? Quel est le poète qui ne l'a pas imaginé ? Ah ! s'il faut mourir, que ce soit avec toi, mon amour, et seulement dans les flammes, mué en clarté e en chaleur... Pensez-vous que ce n'était qu'un jeu fortuit de l'imagination, qui incitait Jaromil à se représenter sa mort dans les flammes ? Nullement ; car la mort est un message ; la mort parle ; l'acte de mourir possède sa propre sémantique, et il n'est pas indifférent de savoir de quelle façon un homme à trouvé la mort, et dans quel élément.

Jan Masaryk expira en 1948, jeté d'une fenêtre dans la cour d'un palais de Prague. Son destin se brisa sur la coque dure de l'histoire. Trois ansplus tard, le poète Konstantin Biebl, effrayé par le visage du monde qu'il avait aidé à construire, se précipite du haut d'un cinquième étage sur les pavés de la même ville (la ville des défenestrations), pour périr, comme Icare, par l'élément terrestre et, par sa mort, offrir l'image de la discorde tragique entre l'air et la pesanteur, entre le rêve et le réveil.

Maître Jaen Hus et Giordano Bruno ne pouvaient mourir ni par la corde ni par le glaive ; ils ne pouvaient pourir que sur le bûcher. Leur vie est ainsi devenue l'incandescence d'un signal, la lumière d'un phare, une torche qui brille au loin dans l'espace des temps. Car le corps est éphèmère et la pensée éternelle et l'être frémissant de la flamme est l'image de la pensée. Jan Palach qui, vingt ans après la mortde Jaromil, s'est arrosé d'essence sur une place de Prague et a mis le feu à son corps, aurait pu difficilement faire retentir de son cri la conscience de la nation s'il avait choisi de périr noyé.

En revanche, Ophélie est inconcevable dans les flammes et ne pouvait finir ses jours ailleurs que dans les eaux, car la profondeur des eaux se confond avec la profondeur de l'âme humaine ; l'eau est l'élément exterminateur de ceux qui se sont égarés en eux-mêmes, dans leur amour, dans leurs sentiments, dans leur démence, dans leurs miroirs et dans leurs tourbillons ; c'est dans l'eau que se noient les jeunes filles des chansons populaires dont le fiancé n'est pas revenu de la guerre ; c'est dans l'eau que s'est jetée Harriet Shelley ; c'est dans la Seine que s'est noyé Paul Celan.

 

Kundera

mai 01, 2012

Emmurés vivants

À travers le mur de mes sens, je pressens d’autres emmurés vivants
J’écris, c’est un mystère
Je vis, c’est un miracle
Depuis des siècles et des siècles, je crie : Au SECOURS ! On me répond : attendez votre tour

Paul Vallet